Jeffrey Herlings décroche un sixième titre mondial MXGP

À trente et un ans, le pilote Honda Jeffrey Herlings décroche un sixième titre mondial MXGP et rejoint la légende belge Joël Robert au palmarès de la discipline.

Un sixième titre qui rejoint Joël Robert

« Je suis super heureux », lâche Jeffrey Herlings au micro de Motocross Mag après la deuxième manche du Grand Prix de Turquie, le 6 septembre à Afyonkarahisar. Cette course vient de lui offrir son sixième titre mondial MXGP. Le pilote Honda n'a pas traîné. Vainqueur de la première manche devant Tim Gajser et Romain Febvre, il s'assurait déjà mathématiquement la couronne avant même de reprendre le guidon pour la seconde course. Il l'a également remportée, devant Tom Vialle et Febvre cette fois, avec 50 points inscrits sur ce seul Grand Prix — de quoi remporter la manche générale du week-end sans discussion possible. Au classement provisoire de la saison, il devance désormais Febvre de 156 points et Gajser de 196, à deux Grands Prix seulement de la fin de la saison. L'écart est tel qu'aucun scénario mathématique ne peut plus le priver de la couronne, même une contre-performance en Chine ou en Australie. Le même week-end, en catégorie MX2, la lutte pour le titre a pris un tour bien plus incertain. L'Espagnol Guillem Farres a remporté le général avec 47 points. Son rival Sacha Coenen, lui, a connu un week-end noir : une chute lourde en première manche, puis une intoxication alimentaire qui l'a contraint à rentrer aux stands en seconde manche.

Avec ce sixième sacre, Herlings rejoint la légende belge Joël Robert au nombre de titres mondiaux glanés dans la catégorie reine, celle qu'on appelait 500cc à l'époque de Robert et qui porte aujourd'hui le nom de MXGP. Il ne laisse plus devant lui que deux pilotes dans l'histoire de la discipline. À 31 ans, rien n'indique dans ses propos qu'il compte s'arrêter là.

PiloteTitres mondiaux catégorie reine
Stefan Everts10
Antonio Cairoli9
Jeffrey Herlings6
Joël Robert6

Le pari Honda payé comptant

Le succès n'allait pas de soi au début de la saison. Herlings avait quitté KTM, la marque avec laquelle il avait construit l'essentiel de son palmarès, pour rejoindre Honda — un choix qui avait fait débat dans tout le paddock au moment de l'annonce. « Beaucoup de gens ont douté de ma décision. Beaucoup ont douté de la décision de Honda », reconnaît-il aujourd'hui. Il tranche le débat par les chiffres plutôt que par l'argumentaire : onze victoires en dix-sept courses disputées cette saison sous les couleurs du constructeur japonais. Il qualifie lui-même l'exercice de « probablement l'une des saisons les plus réussies pour moi, pour l'équipe, pour Honda », un jugement qu'il rattache directement à la marque qui l'a recruté et non à un simple bilan personnel isolé de son environnement. Le champion tempère toutefois l'idée d'une saison parfaite qui aurait été acquise sans accroc. Il évalue lui-même l'ampleur du retard qu'il a dû combler en cours de route : « j'avais 60 points de retard parce que j'ai eu trois scores vierges à cause d'ennuis techniques. » Trois manches sans le moindre point. Cela suffit d'ordinaire à compromettre un championnat entier, quel que soit le talent du pilote. Le titre s'est donc joué sur la deuxième moitié de la saison, une fois les soucis mécaniques résorbés par l'équipe Honda, plutôt que sur une domination affichée de bout en bout depuis la première manche de l'année.

Une mentalité qui n'a pas fléchi malgré les pannes

Interrogé sur la pression qui accompagne son nom depuis des années, Herlings ne l'esquive pas : « Quand vous avez mon nom, les gens s'attendent à ce que vous soyez bon. » C'est cette exigence, dit-il, qui a pesé le plus lourd pendant les semaines de scores vierges, quand le retard au classement aurait pu décourager un pilote moins installé dans la hiérarchie du championnat. Il n'a pourtant rien changé à sa manière de courir, remontant progressivement l'écart Grand Prix après Grand Prix, jusqu'à effacer un déficit qui semblait, un temps, disqualifiant. Il glisse aussi une réserve sur les circonstances de la saison, sans s'étendre davantage sur cet épisode : « Évidemment, je n'aime pas la manière dont Lucas s'est blessé. » La phrase reste sobre, presque en retrait. Elle tranche avec le ton offensif qu'il adopte dès qu'il s'agit de commenter ses propres résultats, comme si la compétition elle-même restait pour lui un sujet plus simple à aborder que les mésaventures d'un rival.

À combien de podiums est-il du record de Cairoli ?

Une poignée seulement : Herlings évalue lui-même à cinq les podiums qui le séparent du record absolu de la catégorie reine. « Je pense qu'il m'en manque cinq environ par rapport à Cairoli. Je veux lui prendre ce record », affirme-t-il.

L'Italien nonuple champion du monde devient ainsi son prochain objectif chiffré, distinct du compteur de titres et sans doute plus long à combler qu'un sixième sacre mondial. Le pilote n'a pas non plus l'intention de lever le pied après ce sixième titre acquis avec deux courses d'avance sur le calendrier. Il vise déjà les deux Grands Prix restants de la saison, en Chine puis en Australie : « Je veux gagner en Chine. Je veux gagner en Australie. » Sur son avenir à plus long terme, il écarte toute idée de retrait prochain, alors même que la question commence à lui être posée régulièrement : « Je serai là l'année prochaine. Et je ne me vois pas arrêter à la fin de l'année prochaine. » De quoi laisser plusieurs saisons encore à Herlings pour aller chercher, un par un, les podiums qui le séparent de Cairoli, et peut-être, un jour, d'Everts lui-même.